Crédit photo: Florian Klauer

Rédiger un communiqué de presse pour son événement

Vous avez décidé d’organiser par vous-même cette exposition tant attendue.  Vous voudriez bien qu’on en parle.  Vous voudriez bien atteindre la sacrée reconnaissance que chacun espère.  Vous ne ferez probablement pas la première page du cahier culture des grands quotidiens à votre premier essais, mais il est important de travailler soigneusement à l’élaboration de son image média dès le départ.  Des articles et reportages qui parlent de votre travail, même s’ils sont modestes, ajoutent à votre crédibilité et étoffent votre dossier d’artiste.  C’est un travail qui se fait sur la durée.  C’est aussi un excellent moyen de faire sa promotion, pour autant que l’on dise de vous de bonnes choses!  Et même là…

Pour chaque événement important de votre carrière, principalement lorsque vous exposez,  vous pouvez considérer la rédaction d’un communiqué à faire parvenir aux médias si vous n’avez pas une galerie ou un agent qui le fait pour vous.  Ayez cependant toujours en tête que les journalistes, recherchistes et chefs de pupitre reçoivent des tonnes de communiqués chaque jour.  Il est difficile de se démarquer et de susciter l’intérêt de la personne qui reçoit votre communiqué.  Vous devez vous poser la question à savoir si c’est une information pertinente à publier pour le média que vous approchez, en quoi elle se démarque, si  c’est une information susceptible d’intéresser leur public.  Le plus souvent, votre communiqué s’il est retenu, sera publié tel quel ou en seront publiés des extraits.  Il doit donc être rédigé de façon claire et concise et dans une langue impeccable.  Soyez conscient que vous vous adressez à des gens qui travaillent avec les mots.  S’il y a des fautes, il se peut fort qu’on ne prenne pas la peine de vous corriger et qu’on rejette l’info, même si elle semble intéressante.  Si vous vous adressez aussi à des médias anglophones, ayez la délicatesse de traduire ou faire traduire, pour les mêmes raisons.  Vous augmentez ainsi vos chances d’être lus et publiés.

Pour être efficace, sachez que vous avez environ 30 secondes pour capter l’attention de votre lecteur.  L’information essentielle doit donc se trouver dans le premier paragraphe, soit ce qu’on nomme en anglais les 5 W (Who-What-When-Where-Why).  Vous devez prioriser l’information importante en allant du plus spécifique au plus large.

Les éléments d’un communiqué:  

Tout en haut, titrez « Communiqué de presse » en spécifiant pour diffusion immédiate ou sous embargo (dans ce dernier cas, spécifier la date où l’information sera publique).

Vous pouvez mettre votre logo s’il y a lieu.

Titre et sous-titre bien en évidence.

Ville et date de publication du communiqué, suivis d’un tiret.

Votre texte.

le « -30-  » signifie la fin du communiqué comme tel.

Vous pouvez ajouter par la suite les informations de contact, les sources utilisées s’il y a lieu et vous pouvez aussi répéter les informations essentielles de l’événement sous forme télégraphique.

Vous pouvez bien sûr ajouter les liens vers votre site internet, une vidéo en ligne ou tout autre élément pouvant compléter l’information sans trop alourdir.  Vous pouvez illustrer d’une photo ou du carton de l’expo, en autant que l’info ne soit pas trop lourde.  Il est d’ailleurs préférable d’envoyer le communiqué dans le corps du texte plutôt qu’en pièce jointe si vous voulez éviter qu’il soit rejeté par les logiciels anti-pourriels de certains destinataires.

À qui envoyer votre communiqué:

Il existe des services de presse auxquels vous pouvez vous abonner pour bâtir votre propre liste complète et à jour pour l’envoi de vos communiqués.  Ces services sont cependant très onéreux et ne valent pas l’investissement si vous ne les utilisez que quelques fois par année.  Si vous n’avez pas de relationniste et que votre budget est limité, vous voudrez probablement bâtir vous-même votre liste en consultant le site web des différents médias que vous voulez rejoindre à l’onglet « contact ».  Ne négligez pas les médias étudiants et communautaires et les journaux régionaux et de quartier.  Ils sont souvent plus ouverts à diffuser de l’information sur de petits événements s’ils semblent intéressants.  Il existe aussi de plus en plus de blogues couvrant les événements artistiques auxquels vous pouvez vous adresser.  N’oubliez pas non plus d’envoyer votre communiqué aux différents agendas culturels (journaux et en ligne).

Quand envoyer votre communiqué:

En général, deux semaines à l’avance suffisent.  Vous pouvez aussi envoyer un rappel un à deux jours avant le vernissage.  Si un ou une journaliste manifeste l’intérêt d’y assister, n’hésitez pas à le ou la relancer pour confirmer.  Pour ce qui est des magazines imprimés, les dates de tombée sont généralement de deux mois à l’avance.

Et après?

Préparez un dossier de presse physique en quelques exemplaires regroupant votre communiqué, votre démarche, votre bio ou texte de présentation, votre revue de presse s’il y a lieu ainsi qu’un dossier visuel de 5 à 10 images sur cd.  Vous serez ainsi en mesure de répondre à la demande si nécessaire.  Le même dossier sous forme électronique pourra facilement être envoyé par courriel sur demande.

Une fois l’événement passé, gardez soigneusement en référence toute publication sur votre travail et/ou votre événement pour votre dossier.

Si vous avez besoin d’aide pour la rédaction ou la révision de vos textes, l’envoi ou la constitution de listes de presse, cela fait partie des services offerts à ma clientèle.  N’hésitez pas à me contacter pour plus de détails.

Photo: Florian Klauer

Blackburn_photo Val Provost_2016

Entrevue Blackburn Podcast

Le 8 janvier dernier, j’ai eu le grand plaisir d’être l’invitée de Pierre Blackburn à son émission Blackburn Podcast réalisée par Éric Mailhot.  Nous avons discuté principalement de la situation des artistes visuels au Québec. Vous pouvez voir l’entrevue dans son intégralité ici. Merci à la Galerie Lounge TD pour nous avoir accueillis.  Les photos sont de Valérie Provost, photographe.

Portrait par Valerie Provost_2016

 

Shi Yali, Coins in a Fountain

La rente d’étalement de revenu pour artiste

J’ai pris conscience de l’existence de la rente d’étalement de revenu  lors d’une formation sur la fiscalité pour les artistes en 2013.  Toute enthousiaste, je suis partie à sa recherche pour bientôt me demander si c’était pas un peu comme les extra-terrestres ou le monstre du Loch Ness…  Je n’arrivais pas à le trouver et bien sûr je n’ai pas pu accommoder mon client qui en avait besoin à ce moment.   Le produit existe et la déduction possible, mais probablement qu’il y a si peu de gens qui en connaissent l’existence et/ou qui le recherchent pour qu’on sache de quoi vous parlez lorsque vous en faites la demande.

J’ai donc mis récemment mon comptable et mon conseiller financier sur le coup, parce que je voulais en avoir le coeur net.  Eux aussi ont peiné, mais nous avons finalement trouvé!

Il est bien connu que les artistes ont en général des revenus très variables d’une année à l’autre.  Vaches maigres alternant avec vaches grasses, avec une prépondérance de vaches maigres…  Aussi, lorsque vous obtenez pour une fois des revenus dignes de ce nom au cours d’une année, vous  voulez éviter de payer un impôt trop élevé par rapport à vos revenus moyens.  Au Québec, il vous est possible d’étaler ce revenu (inhabituel pour vous) sur plusieurs années (maximum sept) en achetant une rente d’étalement du revenu provenant d’activités artistiques.

Cette mesure fiscale s’applique pour l’impôt du Québec seulement, vous devez être un artiste professionnel (selon la définition  précisée dans la Loi sur le statut de l’artiste) et votre revenu annuel net découlant de vos activités artistiques pour l’année visée doit excéder 25 000 $ en plus de votre déduction pour droits d’auteur s’il y a lieu.

Pour simplifier l’idée au maximum, disons que vous faites habituellement 25 000$ de revenus par année.  Or, cette année, vous avez fait des ventes exceptionnelles qui s’élèvent à 70 000$.  Donc, au lieu d’encaisser ce montant d’un coup et donc de payer de l’impôt sur le plein montant avec souvent un taux d’imposition supérieur, vous pouvez choisir d’acheter une rente et  vous faire verser 10 000$ par année pendant 7 ans en payant un impôt plus en phase avec vos revenus habituels.

La rente doit être acquise pendant l’année d’imposition ou dans les 60 premiers jours de l’année suivante (comme pour les REER).

Vous pouvez obtenir plus de renseignements au sujet de la rente d’étalement de revenus pour artistes sur le site de Revenu Québec.

Sans vouloir endosser une institution plutôt qu’une autre, après plusieurs recherches infructueuses, nous avons finalement trouvé ce produit financier chez Desjardins Assurances.

Crédit photo: Shi Yali

Crédit photo: Ben Earwicker

Comment déterminer le prix de vos oeuvres

Une des questions qu’on me pose le plus souvent est comment fixer le prix de ses oeuvres.  Il n’est pas toujours facile de déterminer ce prix  car il dépend de plusieurs facteurs, certains sont objectifs, d’autres plus subjectifs. Bien que le coût de vos matériaux ainsi que le temps consacré à la création soient un bon point de départ, ils ne suffisent pas.  Le prix d’une oeuvre d’art ne se calcule pas comme celui de produits de consommation communs.  Il est aussi fortement influencé par ce petit quelque chose appelé désir.  Bien au-delà de l’agencement idéal avec la couleur du sofa, les facteurs qui motivent l’achat d’une oeuvre sont le plus souvent émotifs.  Votre acheteur a un coup de foudre.  Pour certains, il s’agit en plus d’un investissement.  Vous devez convaincre cet acheteur de votre potentiel et de votre désir de perdurer dans le milieu afin qu’il puisse envisager un retour intéressant à long terme sur son investissement.  Un autre fait signifiant et souvent ignoré dans l’équation, c’est l’image que l’acheteur projette de lui-même par cet achat.  L’acquisition d’une oeuvre d’un artiste très connu par exemple peut à ses yeux confirmer sa réussite et son prestige.  Pour un autre, il s’agira d’afficher son audace ou son bon goût. Ayez ces éléments en tête lorsque vous faites votre vente.

Les principaux critères qui influent sur le prix d’une oeuvre:

  • Le coûtant (matériaux, local, assurances, etc. et votre temps à un taux horaire raisonnable).
  • La technique utilisée (un dessin sera traditionnellement moins cher qu’une toile peinte).
  • Le format de l’oeuvre.
  • Votre expérience et votre renommée en tant qu’artiste, votre formation, le nombre d’expositions solos et collectives à votre actif, si vous avez exposé seulement localement où à divers endroits dans le monde, si vous avez fait l’objet d’articles, de reportages ou si même des monographies existent sur votre travail.
  • L’historique de vos ventes antérieures.
  • Le marché dans lequel vous évoluez.

Il est toujours pertinent de faire la liste des coûts de votre production : votre espace de travail, le matériel, votre mise en marché, le prix lié au transport, à l’emballage et à l’exposition des oeuvres, etc.  Vous devriez aussi considérer vos heures de travail et vous allouer un taux horaire raisonnable.  Vous aurez ainsi une idée plus précise de ce qu’il vous en coûte pour produire une oeuvre.  Si votre technique nécessite beaucoup d’heures, vous constaterez qu’il est fort difficile de vendre de façon à ne pas essuyer de pertes.  Essayez, autant que faire se peut, de couvrir au moins le prix de vos matériaux.  Il ne s’agit pas d’avoir des visées matérialistes, mais bien d’assurer minimalement la continuation de votre production à moyen et long terme.  Avoir une bonne idée de ce qu’il vous en coûte vous aidera aussi à défendre vos prix.  Vos frais d’opération peuvent d’ailleurs être déduits de vos revenus de travailleur autonome lors de la production de votre déclaration de revenus.  Conservez précieusement tous vos reçus.

Une autre façon de déterminer le prix de vos oeuvres est d’établir une liste de comparables. Voyez quels sont les prix chargés par les artistes qui ont un peu le même style, la même technique et la même expérience que vous. Pour ce faire, vous devrez vous informer du marché, visiter les galeries, les foires, les symposiums.  Pour le marché commercial, il existe aussi quelques répertoires où les artistes sont classés par style et par nombre d’années d’expérience.

Vous voudrez également être conséquents dans vos prix – toutes les oeuvres d’un même format et d’un même médium devraient être au même prix – sauf exception.  En aucun cas des critères subjectifs devraient entrer en ligne de compte (celle-ci est plus belle que celle-là ou m’a demandé plus d’efforts).  Lorsqu’une oeuvre s’avère déterminante dans votre démarche, qu’elle est exposée dans un lieu prestigieux ou remporte un prix, ou que vous avez tout simplement du mal à vous en départir, il peut être pertinent de la retirer de la vente pour la conserver dans votre collection personnelle plutôt que de lui attribuer un prix plus élevé que le reste de vos oeuvres.

Essayez de respecter le marché dans lequel vous vous trouvez.  Des prix trop bas déprécient votre travail et sabotent aussi le travail des autres artistes de votre catégorie.  Des prix trop hauts vous feront paraître arrogants ou ignorants.  Vous devez être constants dans vos prix.   Il est préférable de commencer un peu moins cher et de monter graduellement que d’avoir à descendre vos prix.  Évitez les ventes au rabais, bien qu’elles peuvent être tentantes en période difficile.  La cote s’établit sur le long terme et pensez tout de suite à en prendre soin.  Une croissance tranquille et constante est préférable aux hésitations.  Il se peut que vous ayez des ajustements à faire à certains moments.  Si vous ne réussissez pas à vendre, peut-être vos prix sont-ils trop hauts.   Si vous ne réussissez pas à répondre à la demande, c’est probablement que vous pouvez augmenter vos prix.

Une fois vos prix établis et testés, augmentez-les graduellement au fil du temps.  Appliquez au moins  le taux d’inflation à chaque année et augmentez aussi lorsque surviennent des événements marquants à votre carrière comme l’obtention d’une bourse ou d’un prix prestigieux, une exposition dans un musée, etc.

Vous devez donc prendre en compte le marché dans lequel vous évoluez.  Ainsi, vous aurez probablement aussi à ajuster vos prix lorsque votre marché prendra de l’ampleur.  Les prix moyens des oeuvres ne sont pas les mêmes à Montréal et à New York ou à Paris par exemple.  Il se peut que lorsque vous serez représentés à l’étranger, vous ayez à ajuster vos prix à la hausse et ce, partout.  Une représentation à l’extérieur du pays ajoute à la reconnaissance de votre travail et vous voulez aussi que la même toile soit vendue le même prix partout.   C’est encore plus pertinent  si vous vendez aussi par internet.

Finalement, la fixation des prix de vos oeuvres est une étape importante qui requiert une certaine recherche et réflexion, mais c’est une étape essentielle sur laquelle reposera votre mise en marché.  Prenez le temps qu’il faut et n’hésitez pas à demander conseil si nécessaire.

Crédit photo: Ben Earwicker

Enquête sur les arts visuels du magazine BAZ: Le point de vue de l’agente.

France Cantin par Serge Blais_2011

Pour son numéro de l’hiver 2014-2015, le magazine BAZ présentait une enquête sur les arts visuels à laquelle un très grand nombre d’artistes et d’intervenants du milieu ont accepté de collaborer.  J’ai accepté de donner mon point de vue sommaire sur la situation des arts visuels à Montréal à Simon Duplessis.

Voici le résultat de cette entrevue.  Vous pouvez également consulter l’ensemble du contenu de ce numéro ici.

Un gros merci à Simon Duplessis et Sylvain Bazinet pour l’autorisation de partager avec vous cette entrevue.

ENQUÊTE SUR LES ARTS VISUELS

France Cantin: Le point de vue de l’agente.

(Par Simon Duplessis)

France Cantin est agente d’artistes.  Elle a notamment été l’agents de Zïlon et elle dirige aujourd’hui la galerie TD, à l’Astral du Quartier des Spectacles (1).  Tout d’abord artiste, elle a ensuite oeuvré dans le domaine de la vente lorsqu’elle a eu ses enfants.  En 2009, les enfants étant grands, elle a voulu combiner sa prédilection pour les arts et son expérience en vente. Elle a donc complété un cours d’agents d’artistes à l’École du Show Business.  Nous l’avons rencontrée dans le cadre de notre enquête sur les arts visuels.

BAZ: Pensez-vous que la situation générale des artistes en arts visuels au Québec s’est améliorée au cours des dernières années?

F.C.: Je te dirais qu’elle s’est améliorée à certains égards.  Les artistes, surtout la nouvelle génération, sont de plus en plus impliqués dans leur carrière.  Ils sont moins à la merci des galeries, ou de quelqu’un qui devrait venir les sauver!  Mais le marché est très difficile.  On ne valorise pas assez l’art.  Les gens sont intimidés.  N’importe qui va écouter de la musique classique, même s’il ne comprend pas.  Il devrait en être ainsi pour les arts visuels.  Le marché est en pleine transformation, les galeries tardent à emboiter le pas, à changer leur rôle.  Elles restent de simples magasins.  Ce n’est pas le cas de toutes, certaines accueillent le client de très bonne manière.  Pourtant, l’art est une valeur sûre pour un investissement.  C’est ainsi pour les artistes établis, mais c’est plus difficile pour les artistes émergents.

BAZ : Pensez-vous que les arts visuels occupent plus de place dans les médias qu’il y a a quelques années?

F.C. : Beaucoup moins.  Il y a beaucoup de coupures dans les médias principaux.  Comme les budgets sont moins gros, on va vers ce qui touche un plus grand public.  Et les gens qu’on connait déjà, c’est ce qui fait vendre la copie!  Tout ce qui est nouveau est un peu laissé pour compte.  Même pour un artiste comme Zïlon, c’est difficile. À la galerie TD, nous avons une équipe de presse, heureusement.  Mais ça reste difficile, ça prend des contacts.  La Presse et ARTV viennent à nos vernissages, mais c’est parce que nous avons une grosse machine de presse.  Et comme il n’y a que peu d’intérêt de la part du public général pour les arts visuels, il n’y a pas trop de couverture.  Pourtant, on a besoin d’art.

BAZ : Êtes-vous membre du Regroupement des Artistes en Arts Visuels (RAAV)?

F.C. : Oui.  Je suis membre associé.  Depuis  plusieurs années.  Pour moi c’est important.  Le RAAV est plein d’imperfections, mais c’est l’outil.  Comme les comédiens ont l’UDA.  C’est se prendre en charge, collectivement.  Les artistes sont trop souvent nés pour un petit pain.  J’entends parfois: « Je ne peux pas me défendre ».  Mais oui, on peut se défendre.  C’est certain qu’il n’y a pas de milliers de personnes pour gérer cet organisme, c’est souvent des anciens profs, des gens plus vieux.  C’est peut-être un peu plus vieillot, mais c’est nécessaire.  Il y a toujours place à l’amélioration.

BAZ : Gagnez-vous mieux votre vie comme agents qu’il y a quelques années?  Quel pourcentage de vos revenus votre métier d’agent représente-t-il?

F.C. : Non.  Gagner ma vie comme agents, je suis loin de là.  Comme agent, on suit les artistes.  Je ne fais qu’un pourcentage de ce que l’artiste fait.  Pour le moment, je vis de mon métier de galeriste, ça représente 90% de mes revenus. Comme agente, ça me coûte de l’argent.  Je le fais par vocation.  J’ai espoir d’arriver à quelque chose avec mes artistes.  Je me dis parfois que je dois prendre plus d’artistes, mais c’est moins de temps pour chacun.  Je repense en ce moment ma manière de le faire.

BAZ : Que pensez-vous des encans bénéfice?

F.C. : J’ai été des deux côtés!  J’ai travaillé avec des artistes et j’ai travaillé avec des encans, j’en ai même fait deux.  Je pense que c’est important.  En tant que citoyen, l’artiste peut avoir envie de donner.  Mais il faut que ce soit bien fait.  Il doit toujours y avoir un prix plancher, des reçus d’impôt – sinon c’est considéré comme un revenu – le retour des oeuvres non-vendues.  Tout doit être écrit sur un contrat.  Il ne faut pas donner n’importe comment et vérifier les encans à qui on donne.

BAZ : Que pensez-vous des reproductions en vente chez IKEA?

F.C. : Ben ça c’est un manque d’éducation carrément.  Si quelqu’un est prêt à mettre 200$ sur une oeuvre qui est dans tous les salons, il peut mettre 200 $ sur une oeuvre d’un artiste émergent.  Les gens pensent que c’est trop cher.  Les gens ne savent pas ce qu’ils peuvent avoir pour leur argent.  Et chez IKEA ils risquent d’acheter des oeuvres qui ne rapporteront rien à l’artiste.

BAZ : Que pensez-vous des galeries locatives?

F.C. : Je suis pour ça.  Parce que, de plus en plus, les galeries ne font rien.  Ils restent de simples magasins, ils ne proposent rien à l’extérieur.  Si un artiste se charge de sa carrière, il peut faire ses propres expos, gérer sa liste de clients (ce qu’une galerie ne laissera jamais faire).  Tu peux être maître d’oeuvre de ta propre carrière.

BAZ : Croyez-vous que les médias sociaux sont bénéfiques pour les arts visuels?

F.C. : Oui, parce que les médias traditionnels en parlent moins.  C’est une alternative intéressante.  Tu ne rejoindras jamais tout le monde par ce moyen, mais il y a un énorme potentiel.  Tu peux développer des trucs, faire tirer des oeuvres, établir un public.  Tu peux dynamiser ça.  C’est parfait pour un artiste qui veut diriger sa carrière.

BAZ : Comment voyez-vous la situation des artistes pour l’avenir?

F.C. : Je vois l’artiste de plus en plus travailleur autonome en charge de son sort.  Je vois l’artiste de moins en moins comme quelqu’un de passif.  La voie c’est ça.  Les jeunes ne veulent pas être aux mains de quelqu’un qui s’occupent d’eux.  Il y a vraiment un changement sur le marché.  Les galeries, même les grandes, sont dans le tumulte.  Les nouvelles technologies changent la donne.  Forums, catalogues et galeries en ligne, sites web.  Il y a d’énormes possibilités.  Je vois beaucoup d’intérêt des artistes qui me contactent pour mieux gérer leur propre carrière, et d’avoir les moyens de comprendre les règles. Et il y a aussi ici du travail à faire sur le droit de suite… c’est une autre histoire.

(1) Précision: Je travaille à la Galerie Lounge TD de la Maison du Festival de Jazz où se trouve également l’Astral.

« Casa Loma, auction sale (Fonds 1266, Item 2959) » par Globe and Mail — Cette image est disponible aux Archives de la Ville de Toronto, sous le numéro de référence Fonds 1266, Item 2959

Encans bénéfices d’oeuvres d’art: ce qu’il faut savoir

Beaucoup d’artistes sont sollicités pour participer à des encans d’oeuvres d’art au profit d’organismes ou de causes qui leur tiennent à coeur.  J’en parlais plus tôt ici.  Aussi, de plus en plus d’artistes organisent leurs propres événements pour amasser des fonds.  Que vous participiez à un encan bénéfice en tant qu’artiste donateur ou si vous voulez vous-même en organiser un, il y a des informations essentielles à savoir et des contraintes à respecter.  Le texte est orienté en fonction d’un encan crié, mais  plusieurs points discutés s’appliquent aussi aux encans silencieux et certains aux ventes à prix fixe.

Tout d’abord, il est important d’être conscient de l’impact qu’on les encans sur le marché de l’art en général et sur vos propres ventes.  Les encans ont été en ce sens largement critiqués dans les dernières années et certaines de ces critiques sont fondées.  Vous pourrez prendre conscience d’un article détaillé à ce sujet ici.  On devrait s’attendre, lorsqu’il s’agit d’une cause louable, que les enchères montent au moins jusqu’au niveau de la juste valeur du marché des oeuvres offertes.  Or, c’est loin d’être toujours le cas.  À cause de règles déficientes, d’un commissaire-priseur sans dynamisme ou tout simplement parce qu’il n’y a pas assez de collectionneurs intéressés pour faire monter les enchères, il arrive souvent que les oeuvres offertes trouvent preneurs à des prix bien en-deçà de leur valeur réelle.  Cette situation aura un effet plus ou moins néfaste sur le prix des oeuvres en général.  Ainsi, si vous participez à plusieurs de ces encans en cours d’année, sachez que vos collectionneurs le savent et choisiront peut-être d’attendre une telle occasion pour faire leur prochaine acquisition.  Il est donc important de choisir parcimonieusement les causes que vous désirez appuyer en choisissant préférablement les organismes de bienveillance reconnus.  Nous verrons pourquoi un peu plus loin.  Les organisateurs d’encans, les artistes et les collectionneurs ont chacun leur part de responsabilité dans ce problème et doivent en être conscients.

Les impératifs:

  • Un budget à frais nuls ou réduits au maximum:  Il est clair que l’objectif étant d’amasser des fonds, l’argent recueilli devrait le moins possible servir à rembourser les frais encourus pour l’organisation de l’événement.  Vous devez recourir le plus possible à la commandite et au bénévolat pour tous vos frais: location de la salle, équipement, promotion, main d’oeuvre. Vous devrez le plus souvent planifier votre financement plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant la tenue de votre événement.
  • Un contrat avec chaque artiste spécifiant les conditions du don.
  • Une promotion adéquate:  Pour faire lever les enchères, vous devez avoir un maximum d’acheteurs intéressés dans la salle.  Les artistes et leur diffuseurs habituels (galeries) peuvent être mis à profit.
  • Des oeuvres convoitées et un public d’acheteurs bien ciblé.
  • Un commissaire-priseur d’expérience, dynamique et consciencieux.
  • Un système de paiement et d’emballage des oeuvres rapide et efficace.
  • Des règles claires et bien comprises par tous.  Idéalement, vous devriez les rendre disponibles par écrit.

Les règles et le fonctionnement de l’encan:

L’enregistrement des participants.  Il est important d’inscrire chaque participant et prendre en note ses coordonnées pour bien suivre les enchères.  Gardez le processus le plus simple possible.  Donnez la chance aux gens de s’inscrire tout au long de l’événement.  Après la vente de chaque lot, vous aurez les informations de base nécessaires en main pour la préparation  des factures.

La nécessité d’enregistrer les enchères:  Tout au long de l’encan, vous devez avoir une ou plusieurs personnes qui prennent en note les numéros de chaque enchérisseur.  Ainsi, si un acheteur auquel un lot a été adjugé quitte ou se désiste, vous pourrez retracer la dernière personne à avoir misé.

Le prix de départ:  Pour inciter les mises, le prix de départ est important.  Il doit être ni trop haut pour décourager, ni trop bas par rapport à la valeur réelle.  Votre défi est de faire monter l’enchère le plus haut possible. Psychologiquement, quelqu’un qui est encouragé par une mise de départ qui lui est accessible sera tenté de continuer à miser pour obtenir l’oeuvre convoitée.

Le prix de réserve:  Le prix de réserve est particulièrement important dans la relation entre l’artiste et les organisateurs de l’encan et permet que le prix de l’oeuvre ne descende pas en-dessous du minimum jugé acceptable pour l’artiste.  Si les enchères n’atteignent pas le prix de réserve, l’oeuvre est retirée de l’encan.  Il peut être convenu de remettre l’oeuvre à l’enchère à la fin de l’encan, mais encore une fois, les enchères devront atteindre le prix plancher pour que l’oeuvre soit adjugée. Les parties doivent également s’entendre sur ce qui adviendra de l’oeuvre si elle n’est pas vendue.  Reste-t’elle auprès de l’organisme ou est-elle retournée à l’artiste? Qui paiera les frais d’emballage et de transport si l’oeuvre doit être retournée?  Il peut arriver que les organisateurs d’un encan choisissent de ne pas mettre de prix de réserve.  Il est très important d’en convenir à l’avance.

Les reçus d’impôt:

Seuls les organismes de charité reconnus peuvent émettre des reçus d’impôt pour vos dons.  Vous pouvez vérifier la Liste des organismes de bienfaisance sur le site de l’Agence du revenu du Canada.

Vous aurez compris qu’aucun reçu d’impôt ne peut être émis lorsque l’encan n’est pas au profit d’un organisme de bienfaisance.  Qui plus est, un tel don pourrait être considéré comme un revenu à l’égard de l’impôt.  En effet, si une oeuvre est créée dans l’intention de la vendre et qu’elle est donnée à une personne ou un organisme non reconnu, le don est considéré comme une vente et devra être ajouté au calcul du revenu de l’artiste. Si vous donnez souvent au cours de l’année, cette information est importante à considérer.  Vérifiez donc toujours cette information avant de vous engager.

Le reçu émis à l’artiste:

Le reçu émis à l’artiste doit être fait au montant du don, soit la juste valeur au marché de l’oeuvre (et non pas la valeur adjugée à l’encan).  Il n’est émis que lorsque le don est entier et que l’artiste ne participe pas au profit de la vente.  Ce qui signifie que si l’organisme vous offre la possibilité de récolter un pourcentage du prix de la vente, vous ne pourrez réclamer de reçu d’impôt pour votre don.  L’organisme qui émet le reçu doit répondre à certaines exigences de la part de l’Agence du revenu du Canada quant à l’exactitude du montant du don.  Ainsi, il peut être demandé à l’artiste de fournir une preuve de la valeur (le plus souvent, une facture antérieure pour une oeuvre semblable ou un certificat d’évaluation).  Dans le cas des oeuvres d’une valeur moindre à 1000$, une facture antérieure sera suffisante.  Par contre, dans le cas d’oeuvres à valeurs plus élevées, un certificat d’évaluation peut être exigé.  Le cas échéant, il est préférable de s’entendre sur qui devra défrayer les frais d’évaluation qui peuvent s’avérer élevés.

Le reçu émis à l’acheteur:

Lorsqu’il achète une oeuvre à l’encan, le collectionneur ne fait pas un don, puisqu’il obtient quelque chose en contrepartie.  Par contre, si l’oeuvre est payée plus cher que la juste valeur du marché et que l’acheteur avait été clairement avisé de cette valeur, le montant payé en surplus devient un don.  Par exemple, une oeuvre évaluée à 500$ est adjugée à 600$.  L’acheteur qui conscient qu’il paie 100$ de plus que la valeur de l’oeuvre, se trouve à faire un don de 100$ à l’organisme et pourra ainsi réclamer un reçu équivalent à ce montant.

Commentaires ou questions spécifiques?  N’hésitez pas à m’en faire part en commentaires.

Signez ici : La compréhension des contrats comme élément essentiel de votre boîte à outils.

"Le contrat", Jean-Honré Fragonard, 1792

« Le contrat », Jean-Honré Fragonard, 1792

Dans ma pratique, je vois souvent des artistes hésiter et même refuser de signer les contrats qu’on leur propose, pas nécessairement parce ces contrats sont mauvais, mais parce que c’est le principe même du contrat qui pour eux cause problème. Je me suis souvent dit que ces personnes doivent être particulièrement sensibles à ce que le contrat représente dans sa conception étroite : quelque chose d’engageant et de contraignant, quelque chose que si nous comprenons mal risque de nous piéger, quelque chose qui remplace la confiance et la bonne foi auxquelles nous aimons tellement croire. Il y a peut-être derrière cette attitude un peu aussi de manque de confiance en soi, de sa capacité à négocier, de peur de soulever des problèmes qui ne surviendront peut-être pas, peur de susciter une discorde qui risque de miner l’entente elle-même. On aime mieux s’en remettre à la chance et se convaincre que tout ira bien.

Or, s’il est possible d’être dupé par un mauvais contrat, l’absence de contrat peut aussi souvent s’avérer nuisible.

Exiger un contrat ce n’est pas un manque de confiance envers l’autre contractant. Ce peut être une façon de dire que vous estimez suffisamment la relation pour la protéger des brouilles pouvant résulter d’une mauvaise compréhension de l’entente que vous avez conclu ensemble. En proposant un contrat, vous faites preuve de votre professionnalisme. Vous indiquez clairement que vous connaissez vos droits et que vous défendez vos intérêts et cela peut très bien se faire dans le respect de votre interlocuteur.

Hormis quelques cas particuliers, il n’est pas nécessaire de faire rédiger le contrat par un avocat ou une avocate. Sachez cependant que lorsque les enjeux sont grands pour vous, vous avez tout intérêt à consulter un ou une professionnel-le avant de vous engager. Sachez aussi qu’il y a plusieurs spécialités au droit et ne vous laissez pas impressionner si une galerie vous dit que son contrat a été rédigé par un avocat. D’ailleurs, les diffuseurs vous présenteront presque toujours des contrats qui les avantagent, sans nécessairement être abusifs. Il est important d’avoir en tête les éléments que vous voulez y voir paraître pour que la négociation se fasse de façon équitable. Plus vous serez confrontés à des types de contrats différents, plus vous serez à même de juger ce qui vous convient ou convient moins.

Voici donc quelques outils qui je l’espère, contribueront à démystifier le contrat.

Il y a plusieurs situations pour lesquelles un ou un artiste pourrait proposer ou se faire proposer un contrat: exposition, consignation d’oeuvres, performance, reproduction, etc. Chaque contrat devrait être adapté à la situation particulière, mais certains éléments sont communs à tous.

Premièrement, en général, un contrat n’a pas besoin d’être écrit. Selon le Code Civil du Québec, une entente verbale peut très bien constituer un contrat. Par contre, en cas de litige, ce sera la parole de l’un contre la parole de l’autre. Le contrat écrit aide à clarifier ce qui avait été convenu au départ et les conditions de cette entente.

Toutefois, dans le cas particulier d’une entente entre un artiste professionnel et un diffuseur, la Loi sur le statut de l’artiste professionnel (Loi 78) précise que le contrat doit être écrit. Si bien que s’il y a absence de contrat écrit, votre entente pourrait être considérée n’avoir jamais eu lieu. Si vous êtes artiste professionnel, vous avez donc intérêt à vous y attarder. Nous y reviendrons plus loin.

Deuxièmement, le contrat doit être valide et le Code Civil du Québec définit les critères pour qu’il soit considéré comme tel.

La validité du contrat:

En général, pour qu’un contrat soit valide, il faut 3 choses :

Un consentement. Ça peut paraître évident, mais ce doit être clair que les parties consentent aux termes de l’entente. Dans le cas d’un contrat écrit, la signature peut en faire preuve.

Les parties doivent être aptes à contracter. Certaines personnes ne sont pas aptes à contracter par elles-mêmes (si elles sont placées sous tutelle, par exemple). De plus, pour engager la vente d’oeuvres ou de la cession des droits d’auteur sur celles-ci, vous devez en être propriétaire.

Le contrat doit avoir un objet, c’est-à-dire qu’il doit énoncer la nature de l’entente (vente d’un bien ou d’un service en échange d’une contrepartie, par exemple).

Lorsqu’on est confronté à la lecture d’un contrat la première fois, on ne sait pas trop ce qu’il faut y chercher et y reconnaître. Voici donc une petite liste des éléments constitutifs des contrats.

Les éléments constitutifs du contrat :

Titre (il permet de définir mieux l’objet du contrat).

Date et lieu de signature.

Identification des parties.

Droits et obligations des parties.

Entrée en vigueur du contrat.

Durée du contrat.

Fin du contrat (hormis la date, ce peut être aussi les circonstances pouvant y mettre fin, par exemple, la faillite du diffuseur ou l’omission d’une des deux parties de répondre de ses obligations).

Mode de règlement des conflits.

Signature et initiales à chaque page. La signature confirme le consentement hors de tout doute. Les initiales au bas de chaque page montrent qu’il n’y a pas eu d’ajout possible après la signature. Il est important d’initialer pour les mêmes raisons lorsqu’on fait des ratures ou qu’on corrige le contrat à la main, question de confirmer que les parties ont consenti à ces modifications.

(Source : Fondation du barreau du Québec, Vos droits, vos affaires, vol.4)

Les conditions qui régissent les contrats entre artiste professionnel et diffuseur selon la Loi sur le statut de l’artiste professionnel.

Nous avons vu plus haut que la Loi sur le statut de l’artiste professionnel exige que les contrats entre artistes soient écrits. (Ils doivent également être signés en deux copies). La Loi instaure ainsi une exception au Code Civil du Québec qui prévoit pourtant que les contrats peuvent être faits verbalement entre deux parties. De plus, la Loi 78 impose la présence de certaines clauses au contrat.   Les diffuseurs, du fait que les artistes ont besoin de leurs services pour faire connaître et commercialiser leur travail, pourraient avoir l’avantage d’imposer les conditions qui leur convient dans leurs ententes avec les artistes. Les artistes ont le plus souvent un statut économique précaire. Le législateur a donc imposé ces exceptions aux règles qui régissent habituellement les contrats pour permettre un rapport plus égalitaire entre diffuseurs et artistes.

Il est à noter que la Loi 78 s’applique aux artistes professionnels seulement. Par contre, même si vous n’avez pas encore ce statut et que la Loi 78 n’oblige pas votre diffuseur, vous pouvez quand même vous en inspirer pour la négociation de vos contrats et je vous le conseille fortement.

Est considéré artiste professionnel (au sens de la Loi) :

L’artiste qui se déclare lui-même artiste professionnel, qui crée des oeuvres pour son propre compte, dont les oeuvres sont exposées, produites, publiées, représentées en public ou mises en marché par un diffuseur. Il a reçu de ses pairs des témoignages de reconnaissance comme professionnel, par une mention d’honneur, une récompense, un prix, une bourse, une nomination à un jury, la sélection à un salon ou tout autre moyen de même nature.

Est aussi présumé artiste professionnel l’artiste qui est membre du RAAV (organisation reconnue pour représenter les artistes par le gouvernement du Québec).

(Voir le texte de loi, section 1 – Le statut de l’artiste professionnel).

De plus, ces exceptions pourraient ne pas s’appliquer si le contrat est signé par un agent, un professionnel ou une société de gestion de droits agissant au nom de l’artiste, puisqu’ils sont sensés négocier à armes égales avec le diffuseur.

Les clauses obligatoires dans un contrat impliquant un artiste professionnel et un diffuseur:

« 1. la nature du contrat ;

2. l’oeuvre ou l’ensemble d’oeuvres qui en est l’objet ;

3. toute cession de droit et tout octroi de licence consentis par l’artiste, les fins, la durée ou le mode de détermination de la durée et l’étendue territoriale pour lesquels le droit est cédé et la licence octroyée, ainsi que toute cession de droit de propriété ou d’utilisation de l’oeuvre ;

4. la transférabilité ou la non transférabilité à des tiers de toute licence octroyée au diffuseur ;

5. la contrepartie monétaire due à l’artiste ainsi que les délais et autres modalités de paiement ;

6. la périodicité selon laquelle le diffuseur rend compte à l’artiste des opérations relatives à toute oeuvre visée par le contrat et à l’égard de laquelle une contrepartie monétaire demeure due après la signature du contrat. »

 (*source: Georges Azzaria et Normand Tamaro, « Le droit et les contrats en arts visuels au Québec, RAAV, 2001)

 À surveiller:

La durée du contrat

Plusieurs points sont à surveiller pour les artistes. Si vous engagez une nouvelle entente avec une galerie, vous voudrez peut-être limiter la durée, à un an par exemple, afin de voir si l’entente vous sera satisfaisante.  La galerie qui s’apprête à investir dans la promotion de votre carrière, essaiera probablement de vous offrir 2, 3 ou 5 ans… À vous de voir.

L’exclusivité

L’exclusivité est précieuse et ne devrait pas être cédée à la légère. Cédez seulement pour le territoire sur lequel la galerie a vraiment le pouvoir de faire une différence pour vous. Si la galerie vous demande l’exclusivité pour toute l’Amérique du Nord, vérifiez qu’elle a bien et bien des contacts pour vous promouvoir sur ce territoire en entier, sinon, il peut être plus avantageux de céder votre représentation à un autre diffuseur pour des territoires plus éloignés.

Les clauses financières de l’entente : Pourcentage de commission, délais de paiement et modes de versements des sommes dues, fréquences des rapports de redevances dans le cas d’un contrat de galerie. Vous devriez toujours être en mesure de vérifier l’état des ventes ainsi que les sommes qui vous sont versées en fonction de vos ventes totales.

La question du droit d’auteur :

Que ce soit pour la vente, la consignation ou pour une performance, l’œuvre et les droits qui y sont associés sont deux éléments distincts. Vous pouvez autoriser la reproduction d’une ou de plusieurs œuvres pour la promotion d’un événement, selon certaines conditions (nombre d’exemplaires et type de diffusion). Les reproductions à des fins de vente (comme giclées, sérigraphies et autres) devraient faire l’objet d’une entente séparée. Le contrat devrait définir le type de reproduction autorisée, le nombre d’exemplaires et dans certains cas, la durée sera aussi importante.

Pour une performance, vous n’avez pas nécessairement à céder vos droits sur l’œuvre produite au diffuseur. Cette demande n’a souvent comme motif que la diffusion à des fins de promotion. Vous pouvez autorisez ces diffusions sans pour autant céder vos droits de façon définitive. Vous voudrez peut-être vous y garder l’accès pour le présent et même pour le futur.

Finalement, ne cédez jamais, au grand jamais, l’ensemble de vos droits d’auteur à un tiers.

Voici un exemple tiré d’un contrat qu’on m’a déjà soumis pour examen. Je fais un accroc volontaire au respect du droit d’auteur en ne dévoilant pas la source, pour des raisons évidentes. Je vous laisse juger par vous-mêmes.

« Cession de droit.

-L’Artiste, par les présentes, cède à X le droit de propriété sur (nombre) Oeuvres ainsi que les Droits d’auteur sur lesdites Oeuvres dans le monde entier et pour la durée légale des Droits d’auteur sur les Oeuvres;

-Il est entendu que la cession du Droit de propriété et des Droits d’auteur sur chaque Oeuvre prend effet de plein droit au moment de la réalisation de l’Oeuvre;

-L’Artiste a l’obligation de proposer en exclusivité à X toutes les Oeuvres qui sont ou seront réalisées à partir de la date du présent contrat. »

Vous avez le droit, même le devoir à mon humble avis, de rejeter de telles clauses.

Pour vous aider, il existe des contrats modèles dont vous pouvez vous inspirer. Le RAAV offre à ses membres des exemples de contrats, adaptés aux différentes situations qu’il vous sera possible de rencontrer pendant votre carrière. Certains contrats sont disponibles à tous sur leur site internet. Le document complet « Le droit et les contrats en arts visuels au Québec » est disponible pour les membres seulement au coût de 10$ et il vaut son pesant d’or.

Note : Je ne suis pas une professionnelle du droit. Il est fortement suggéré de s’adresser à un avocat ou une avocate spécialisé-e en cas de doute ou de litige concernant vos ententes. Dans bien des cas, l’investissement en vaut vraiment la chandelle.

Sources:

LOI SUR LE STATUT PROFESSIONNEL DES ARTISTES DES ARTS VISUELS, DES MÉTIERS D’ART ET DE LA LITTÉRATURE ET SUR LEURS CONTRATS AVEC LES DIFFUSEURS

http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/S_32_01/S32_01.html

La fondation du Barreau du Québec, Vos droits, vos affaires, no.4

http://www.fondationdubarreau.qc.ca/pdf/publication/vosdroitsvosaffaires4.pdf

Georges Azzaria et Normand Tamaro, Le droit et les contrats en arts visuels au Québec, RAAV, 2001